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-Introspection rapportée à l'animal-

    Si je dois citer une chose qui me frustre, voir me fait souffrir ou me met en colère, je dirais que c’est d’être privée de mon droit d’expression, de ne pas pouvoir donner ma version quand les choses me concernent (soit par la privation de parole, soit quand on s’adresse à un mur). Avec les parents, les profs, les supérieurs hiérarchiques, les forces de l’ordre, etc.…
 

    Un jour je suis partie vivre seule dans un pays dont je ne connaissais pas la langue. Je me suis retrouvée privée de la parole mais cette fois-ci c’était différent. C’était même apaisant.

Et je me suis rendue compte que si on laisse de côté la parole, les autres sens se développent, les ressentis sont amplifiés, on se comprend en un sourire.

Il n’y a donc pas forcément besoin de s’exprimer verbalement pour avoir de la communication, de l’échange.

Et l’échange est ce qui crée la complicité.

 

    Aujourd’hui, de part mon travail, il m’est inévitable de rapporter ça aux chevaux (mais c’est valable pour tous les animaux en réalité).

Comment pourrais-je leur interdire de s’exprimer ? Imposer notre façon de voir les choses n’est déjà pas très sain alors comment-pourrais-je leur imposer ce qui me rend moi-même « malheureuse » ?

 

    On parle de plus en plus d’équitation éthologique et c’est bien, les méthodes sont plus cohérentes, plus douces.

Mais avant tout, l’éthologie c’est l’observation de l’animal dans son milieu naturel (c'est-à-dire en liberté totale, ce qui n’est pas donné à tout le monde je vous l’accorde).

L’éthologie ce n’est pas lire des livres et se dire « OK, je comprends les codes sociaux ».

Non, l’éthologie c’est l’observer infiniment pour rentrer dans son monde, c’est apprendre à parler cheval, à le comprendre. Pas seulement par les codes, mais par les émotions. Car leurs interactions entre eux va bien au-delà des codes, ils discutent pour trouver des compromis.

 

    La complicité, la confiance, le respect ne fonctionnent qu’à double sens.

Et ceci ne se mesure pas avec des exercices. C’est se comprendre en un regard, un souffle. C’est se ressentir à distance.

 

    Les âmes s’enchainent seulement quand elles se sentent libres et entendues. On ne peut rien imposer à ce qui n’est pas physique.

    S’arrêter, respirer, échanger.

 

    Je regrette de voir tant de cavaliers qui se focalisent sur la relation avant de se focaliser sur le cheval lui-même.

Ils cherchent des solutions partout au lieu de simplement laisser le cheval proposer la sienne.

    J’aime (re)créer le lien entre la personne et son cheval, c’est toujours des moments pleins d’émotions et très intimes pour moi. Pour moi ce n’est pas un travail, c’est un devoir et un vrai épanouissement personnel.

 

    Mais je tenais ici à remercier les personnes comme Juliette Girot, Christine Pagnier Guillot, Sophie Daveau et autres qui prennent le temps de partager publiquement (et à taille humaine) leurs études, leurs ressentis, leurs retours d’expériences. Ces personnes qui postent régulièrement et rigoureusement des réflexions pleines de sens. Elles, qui incitent à revoir les acquis, à penser la relation autrement, à redonner la parole aux animaux.

 

    Nous ne sommes pas forcés d’être toujours tous d’accord. Ce qui compte c’est d’échanger, c’est de s’écouter les uns les autres, entre hommes, entre animaux.

 

La liberté d’expression n’est pas une question de lois ou d’espèces, c’est un besoin vital pour tout être vivant.

Pas à pas, l'harmonie grandira!

JODIE PEROLD - 1ER FÉVRIER 2019

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